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Jaadu | Titi Robin & Faiz Ali Faiz
Jaadu | Titi Robin & Faiz Ali Faiz
Dès le premier opus, « More Angna », la profondeur de « Jaadu » est annoncée avec succès. Rappelant les grandes heures de l’inoubliable Nusrat Fateh Ali Khan, ce disque ou plutôt cette œuvre, rassemble tout ce qu’un album de musique du monde peu recouvrir de bon et de virtuose. Ecrin réunissant en particulier deux artistes aventuriers au cœur de gitan, Faiz Ali Faiz et Titi Robin, le duo s’accompagne d’un ensemble solidement charpenté.
Joji Hirota & Hiten Ryu Daiko | Japanese Drums
Joji Hirota & Hiten Ryu Daiko | Japanese Drums
Composé de huit titres, le nouvel album du percussionniste japonais Joji Hirota est un appel à la créativité dans la tradition du tambour japonais, le taiko. De la technicité à la qualité des compositions, l’effort de Joji Hirota se situe dans la volonté de préserver la tradition - étroitement liée à la musique folklorique japonaise d’antan, aux religions bouddhiste et shintô, ainsi qu’à l’art théâtral Noh et Kabuki - et de créer de nouvelles mélodies et donc un style plus moderne.
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François Kokelaere : le musicien

François Kokelaere : le musicien

L'ombre nous en dit un peu plus

« Dans le djembé, l' occidental retrouve le côté naturel de l' instrument au moment où la jeunesse est en perte de repères dans les grandes villes, dans les cités industrielles, le djembé par sa simplicité de fabrication, permet à toute une jeunesse, je dirais qui perd ses repères, de retrouver un élément naturel, facile à construire, facile à régler soit même, et qu' on peut jouer très facilement.
Cet instrument, qui vient de tellement loin, qu'on ne sait pas pourquoi les Irlandais, les Celtes, les Bretons, ont la même rythmique qu'au coeur de la Guinée. Et qu’il est plus facile de jouer un [i]djembéfola
guinéen avec un joueur de bohdran irlandais, qu'avec un Guinéen avec quelqu'un du Kenya [...][/i] » (1)


Depuis bien longtemps il aurait été correct de griffonner quelques lignes à propos de l’artiste polymorphe François Kokelaere. Que ce soit sur l’un de ses albums ou l'un des spicilèges dont il est l'épine dorsale, sous un nom de groupe, d'ensemble, en tant que directeur artistique ou un autre titre à responsabilités multiples.

Mais voilà, les priorités s’estompent, le temps passe. Les priorités éditoriales et l'homme consumériste qui se cache en chacun de nous poussent à s'asseoir sur les bancs des têtes d'affiches et nous fait courir la plume sur des artistes loin de notre campagne ; des plus médiatisés, des plus édulcorés …. Ici s'efface un manque de simplicité et de regards contigus trop longtemps usé.

Alors que dans notre rue, dans notre quartier, dans notre pays, se cache avec humilité, avec modestie, des artistes au coeur pas plus gros qu'un autre mais surtout au battement créateur et en respect avec leurs propres choix.

Ici, se cache dans la renardière d'une région du centre de la France, un artiste, loin d'être touché par une Star-académite aiguë ou une Pop-startandisation frelatée.

Pour ceux qui ont découvert les fameux épisodes : « Les pérégrinations d'un petit blanc en Guinée » , sorte de carnet de route édité en fin d'année sur le Webzine Percussions.org, il a été très simple de se rendre compte de son parcours exceptionnel et de son talent d'auteur - dont il est le propre agitateur, par la nature des choix et des destinations qu'il a accepté de prendre et d'assumer.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, lire et écouter ses productions ne seront pas des actes sans impact. Dès cet instant de rencontre, vous ferez la découverte d'un artiste médiateur, multifonction, aux facettes alambiquées et intrigantes. Il parcourt la planète, sa planète, comme une ménagère parcourt sa cuisine, sauf que François Kokelaere (qui aime la bonne cuisine au passage), sait souvent où il range ses ustensiles et les affûte. Et, à table, ce n'est pas toujours facile de faire un plat commun que tous les convives vont apprécier.

Comme on dit dans le métier, il fait la carrière et travaille alternativement avec les groupes Magma, l'Ensemble des Percussions de Guinée, Wassa, Wofa, Prince Diabaté, Amara Sanoh, Mandala et les artistes Momo Wandel Soumah, Philippe Delettrez, Jean-Paul Celea, François Couturier, François Laizeau, etc. Et des compagnies, des réalisateurs et des chorégraphes comme la Cie Cré-ange, la Cie Black, Blanc, Beur ou avec le réalisateur Laurent Chevallier et encore le chorégraphe Jean-Paul Goude, pour ne citer qu'eux.

Rétrospective : « Percussions de François Kokelaere »

« Il n'a pas eu le retentissement qu'il méritait ». De cette maxime consolante, ce disque de François Kokelaere semble une illustration magnifique. Il ne méritait pas, certes, cette information peu diffusée auprès du grand public, cette absence des têtes de gondoles des crémeries spécialisées en disques et produits culturels, ni cette « presque-absence » dans les revues ou Webzines spécialisés - et quoi de plus juste que d'en parler sur Pecussions.org six ans après son enregistrement et cinq après sa sortie ?

Pourtant, à la réflexion, un doute surgit. Si l'on considère le musicien lui-même, il n'est pas sans faille ni, semble-t-il, sans contradictions : le nom de ces disques n’est en général pas franchement pas à la mode, et chanter en langue Fon, c'est peut-être assez délicat pour se faire connaître. Les morceaux sont trop longs pour passer en radios et les apparitions médiatiques sont de l'ordre de la rareté.

Ce passionné du Rythme, de la Musique, fréquente dès son adolescence le voyage. Un thème si souvent abordé par l’artiste et dans sa cause. Il n'a l'air de penser qu'à ça ! Il reste et travaille dans l'ombre. Et comme « l'Ombre ne le dit jamais » (2) …. C'est le goût de l'aventure, la guitare sur le dos, qui le mènera à devenir successivement, percussionniste, compositeur, consultant, fondateur, scénographe, directeur artistique, directeur musical, coordinateur, conseiller et collaborateur.

Une tonne d'appellations qui ne facilite pas la tâche pour le discerner - dans un monde où tout doit être mis en boîte et qualifié - mais il ne revêt pas une lueur de faussaire. L’on se le confirmera l'absence de légèreté et la qualité de ses fonctions à l'écoute, par exemple, des disques de la série « Guinée » sur le label français de Buda Musique et sans oublier d'aller le voir lors des spectacles où sa présence «est» ; à ce que j'ai pu en voir et à ce que le public a pu m'en dire, un moment inoubliable. Le voir en spectacle donnera à chacun son propre choix, sa propre idée, son propre ressenti artistique. Et puis ne serait-ce pas pour le voir se produire en spectacle qu'il est artiste ?

Au travers de sa musique ou ce que je crois en éprouver, il lance des invitations au voyage, celui de l’espace-temps et du timbre métriquement et harmonieusement ficelé. Il réclame des dépaysements, jette le filet sur des rêves inconnus ou oubliés et innove. Il utilise d’ailleurs des instruments que nos grands-parents n'ont pas dans leur grenier et dont le nom risque de les intriguer fortement.

Qui aurait l'idée de jouer avec des lithophones aujourd'hui ? Ou d'être le plus minimaliste possible, à l’instar de compositeurs internationaux comme Steve Reich ou Philip Glass ? Parmi les musiciens français, ils ne sont pas nombreux. Mais François ose. Il s’approprie et reprend par exemple avec émotion un chant haïtien et suspend la note sans artifice. Intransigeant, il a su aussi s'occuper et s'acharner à faire d'un ensemble venu d'un pays du tiers-monde - tâche extrême et délicate sans nul doute - un « Ensemble de percussions emblématique » à la reconnaissance planétaire.
A ma connaissance, à l’image la naissance de la grammaire en Inde, les albums en solo de François Kokelaere sont une création tardive, si l'on considère qu'entre ses débuts médiatisés, comme sideman avec Magma - le groupe atypique de Christian Vander- datent de 1982, il sort son premier opus solo en 1993 : « François Kokelaere - Berimbau » ; soit onze années plus tard. Son invention s'accompagne de l'urgence de préserver un monde musical qui montre les signes d'une profonde transformation avec l'arrivée en fanfare des Musiques du Monde ou World Music. C'est un trait qui le rapproche des grandes créations de toute époque, un monde dans lequel, aux côtés des textes et mélopées les plus anciens, fleurit dans la musique de François Kokelaere une multiplicité de langues dans toute sa variété. Avec ses monuments musicaux que sont les albums ; Berimbau ; Percussions ou Violon & Percussions.

Les onze titres de Percussions (1998), comme les huit de Berimbau (en 1993, avec John Boswell aux Tablas sur un titre et Maître Sombra au Berimbau sur un autre opus), ou les huit de Violon & Percussions (en 2000, avec le violoniste Paul Lazar), sont une singulière découverte. Un ensorcellement du début à la fin ! Faire chanter une Sanza, un Kryin ou un Gongoma, c'est pas donné à tout le monde ! Le chemin est long et fatiguant et en faire un album c'est encore autre chose !
Titres rêveurs (Craquements délicieux, Brindille de Fromager, Boule de Vie, Chant de la Mer, Si les Elfes avaient une âme,...), les opus de "Percussions"sont tous couplés à des poémes que l'auteur à soigneusement rédigés et insérés dans le livret, aux côtés de photographies.
Sur les onze titres, on retrouve l'interprétation de trois chants; Amon noum de hun dou (traditionnel du Bénin en Langue Fon); Aruanda (traditionnel afro-brésilien) et Mèsi Bon Dié (chant Haitien de Franz Casseus). Bien plus qu'un disque et proche d'un livre sonore, c'est un voyage sans destination fixe où le port n'est autre que l'esprit.

Son groove est profond, parfois presque soul (opus 2, Violon & Percussions), inspiré par les nombreuses rencontres de sa vie, immiscé par la magie d'une musique enfouie dans la caverne d'un sempiternel musicien. Ne voyez pas là qu'une musique de spécialiste, même les enfants adorent ! Et, c'est un bon décrassage après tout ce qu'on entend sur les ondes !
Dans cette vie parfois si close, si serrée, il semble qu'un accident, une intervention du hasard, qui l’en faciliterait la respiration, qu’il en donnerait un répit à la Musique pour Percussion, au Rythme.

Nous pourrons chercher en vain une circonstance dont il ne soit pleinement et lucidement responsable. Sauf peut-être, à ma connaissance, le jour où il nous a fait confiance, comme d'autres artistes d'ailleurs, à nous, l'équipe organisatrice d'une création, dans un coin de la France - où l'homme a témoigné d'une grande présence artistique avec ses acolytes, mais où leur contrat n'a pas été honoré faute de faillite, voire de folie des grandeurs. Voyez, ici aussi, pour nous les organisateurs, une décomposition douloureuse et une grande leçon de vie.
Le choix libre que l'Homme fait de soi-même s'identifie absolument avec ce qu'on nomme sa destinée : un Artiste avec le « A » majuscule de l'Amour, de l'Amitié et de l'Art sans artifices.



© 2003/2008 Jimmy Braun

    François Kokelaere & Paul Lazar : Violon & Percussions- Buda Musique, Collection Musique du Monde [197856-2] 2000.
    François Kokelaere : Percussions - Buda Musique, Collection Musique du Monde [92695-2] 1998.
    François Kokelaere : Berimbau - Buda Musique, Collection Musique du Monde [92678-2] 1993.
    Et bien entendu toute la collection de la série « Guinée » et « Brésil » sur le même label.



(1)Propos recueillis le 26 novembre 1999 sur ARTE TV « Le Djembé »
(2)Spectacle de François Kokelaere « l'Ombre ne le dit jamais »
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