Jimmy B


Inscrit le: 12 May 2002 Messages: 2671 Localisation: France
|
Posté le: 13 Nov 2007 12:45 Sujet du message: Moonlight Benjamin | Interview |
|
|
Interview | « Moonlight chante Haïti »
Chanteuse d’origine haïtienne, Moonlight Benjamin est exquise à plus d’un titre. Charme, mystère et fort charisme, elle détient en tant qu’artiste trentenaire une palette multicolore déjà bien affirmée.
Offrant dans sa musique et ses paroles, des parfums atypiques, elle crée avec son groupe, nommé Dyaoulé Pemba, dans son premier album, un style à part, qui se veut en quête de liberté autant que de plaisir.
Ce n’est ni traditionnel haïtien, ni jazz, ni soul, ni lyrique, mais tout à la fois. L’art vocal de Moonlight Benjamin sort des autoroutes rebattues des genres et fait une véritable fusion. Son chant, certes assez classique par moments, se mélange à merveille aux douces percussions (bongo, udu, batterie,…) et aux cordes (guitare, contrebasse).
« Moonlight chante Haiti », mais avant tout, elle crée l’espace-temps de sa vision plurielle, de son identité musicale. Délectable jusqu’à la dernière goutte des dix titres, grâce à un swing acoustique chaud et boisé, l’album est d’une approche facile. Disque flattant les yeux et séduisant les oreilles, il est une belle entrée en matière pour cette artiste timide et humble. La sortie de l’album a donc été l’occasion naturelle d’une entrevue avec cette artiste loin des caricatures et proche de la profondeur des émotions. À découvrir et à suivre.
Comment est né le disque « Moonlight chante Haïti » ?
L’idée de ce disque répond à mon envie de faire de la musique et faire connaître Haïti. Lors de mon arrivée en France, il y a cinq ans, j’ai remarqué qu’Haïti était formellement méconnu. Certains confondent Tahiti et Haïti ! J’ai monté le groupe pour dire qu’Haïti existe encore, parler de la richesse du pays.
Que signifie le nom du groupe, Dyaoulé Pemba ?
Cela veut dire « la danse des esprits ». Une grande fête, une grande danse.
Sur ton album, tu reprends des textes de certains artistes haïtiens réputés. Vu la teneur des textes et l’implication de ces artistes, est-ce que tu chantes avec une dimension plus poétique ou revendicatrice, ou les deux ?
Chanter les textes de ces gens est avant tout la reprise de chansons connues pour moi. Ensuite, ces artistes disent vrai. Par exemple le morceau « Fini les colonies » (piste 1). Pour moi la colonie n’est pas finie. C’est une sorte d’ironie, c’est actuel encore. Ce n’est pas fini et le fait de chanter ce texte à beaucoup d’importance à mes yeux.
Est-ce que tu penses être sur la trace d’artistes comme Beethova Obas, ou d’autres, qui allient musique et textes revendicateurs ?
Pourquoi pas ! … Parce que véhiculer des messages, c’est aux artistes de le faire. Personne ne va le faire pour nous ! S’il y a des choses à faire, à revendiquer, c’est à nous et à notre façon de nous investir. Puisqu’on a cette chance de pouvoir communiquer avec les gens, alors pourquoi ne pas le faire.
Quels sont les artistes qui t’ont le plus influencée dans ta démarche artistique ?
Il y en a deux. C’est Léo Ferré, que j’aime vraiment beaucoup et Toto Bissainthe. D’ailleurs, actuellement je continue un travail que Toto avait commencé. Mais voilà, ce sont ces deux artistes en particulier, bien qu’il y ait aussi Azor (1), un prêtre vaudou et musicien. Lui aussi, il me parle.
Sur l’ensemble de l’album tu fais preuve d’une grande diversité vocale, avec une pointe de chant lyrique, parfois dans le style d’Yma Sumac. Quelle a été ta formation ?
Je chante depuis enfant et c’est peu de temps après mon arrivée en France que j’ai fait une formation à Toulouse (Music’Halle). Et effectivement, j’ai eu une professeur de chant classique et lyrique. Je fais aujourd’hui le mélange de ces richesses. La technique ne me dénature pas au contraire et c’est très confortable de maîtriser et pouvoir varier.
Sur scène tu t’accompagnes parfois de claves. Mais quel rapport entretiens-tu avec le rythme et est-ce que tu pratiques d’autres percussions ?
J’ai fait une petite formation en Haïti avec un professeur haïtien. Sinon, à l’époque de la révolution cubaine dans les années cinquante, la variété haïtienne a été influencée, jusque dans les instruments, d’où l’arrivée de la clave dans le style compas par exemple.
Ta musique, celle que tu crées avec ton groupe aujourd’hui est donc née de ta propre histoire et de celle de ton pays. Et est-ce que le vaudou (2) t’influence ?
C’est primordial pour moi le vaudou. Il est pour moi un outil et il m’inspire. Je ne peux pas travailler sans y songer.
Pour l’histoire, avant la chute de Duvalier, le vaudou était considéré comme une sorte de folklore, à cause des États-Unis entre autres.
Mais après sa chute au milieu des années quatre-vingt, il y a eu une révolution culturelle. Tout le monde c’est senti ensuite libre. Et le premier groupe qui a fait le mélange du vaudou et des influences occidentales, c’est « Bookman Eksperyans ». Ce groupe était aussi le porte-parole du mouvement rasin.
De quelle nation (groupe ethnique) vaudou fais-tu parti ?
Je fais des recherches précises sur cela en ce moment, mais c’est a priori le « Bénin ».
Sur le plan de la création, est-ce que tu souhaites initier des collaborations futures ?
Pour le prochain album, je ne sais pas encore, mais j’espère rencontrer des gens et avoir d’autres fusions à vivre. Mais je ne sais pas encore. J’avancerais au fur et à mesure des rencontres. Chacun a sa culture. Même dans le vaudou, dans la culture haïtienne en général, tout c’est fait grâce à plein d’autres cultures. Il y a eu les colonisations, avec des influences françaises et de plusieurs régions africaines, ou par les Espagnols. Et aussi, je ne veux pas faire que ça, pas que de la musique haïtienne, mais faire une fusion, faire ma musique et celle qui se crée avec l’Autre.
Est-ce que c’est un rêve d’enfant d’être devenu artiste et de chanter Haïti ?
Je pense que oui. Même si je n’étais pas consciente de tout ça. Mon rêve d’enfant était toujours de chanter, sans savoir quoi exactement. En grandissant j’ai senti qu’il ne fallait pas lâcher et continuer à parler d’Haïti avec cette passion mais sans excès. Parler de l’histoire, mais ne pas rester bloqué dessus et avancer, faire avancer. Par exemple, on a beau parler de la colonisation, que ce n’était pas bien, mais on a eu la chance d’avoir l’indépendance. Mon message c’est qu’est-ce qu’on fait de cette indépendance-là ? Et les colonisés et les colonisateurs, qu’est-ce qu’on en fait ? On est fier parce que nous avons une indépendance, mais ça nous ramène à quoi ? On était colonisé, on a voulu notre indépendance et qu’est-ce qu’on en fait maintenant …
Tu veux donc aussi assouvir le feu de ce rasoir avec ta musique ?
Oui ! Et dire qu’il faut faire quelque chose, réfléchir ensemble. La musique n’est pas fixe et permet de respirer et créer dans ce sens.
© Jimmy Braun – novembre 2007
(1) "Azor", chanteur et percussionniste haïtien. De son véritable nom : Lénord Fortuné, c'est un ancien membre de plusieurs formations de "konpa" réputées comme SS One ou Scorpio et du groupe Racine Kanga de Wawa. Il fait partie des acteurs qui ont permis à la musique vaudou de passer du temple (le "hounfor") à la scène.
. Hounfor : de "hun", esprit, et "for" maison. Le hounfor est le temple du vaudou. Il est divisé en deux parties: le péristyle, vaste hangar dont le sol est de simple terre battue, où se déroulent les cérémonies et qui est ouvert au public, et la caye mystères ou bagui qui contient l'autel et les attributs des loas.
(2) Vaudou (vodou, vodoun) : culte animiste originaire de l'ancien royaume du Dahomey en Afrique de l'Ouest. Largement répandu au Bénin et au Togo, comme dans le célèbre marché des féticheurs à Lomé.
Remerciements particuliers à Moonlight Benjamin, Ma Case, Audrey Guerrini & le Collectif Emulsion (© Photo page accueil) |
|
["Le bruit règne en maître sur la sensibilité humaine" | Luigi Russolo ]
Description :
Vu : 3193 fois - Taille du fichier : 96.29 Ko
|
Description : Photo : Moonlight Benjamin, 2007 © Audrey Guerrini / Collectif Emulsion
Vu : 3262 fois - Taille du fichier : 96.79 Ko
|
Description : Photo : Moonlight Benjamin, 2007 © Jimmy Braun
Vu : 3262 fois - Taille du fichier : 263.36 Ko
|
Description : Photo : Moonlight Benjamin, 2007 © Jimmy Braun
Vu : 3501 fois - Taille du fichier : 206.02 Ko
|
Description : Photo : Moonlight Benjamin, 2007 © Jimmy Braun
Vu : 3505 fois - Taille du fichier : 252.02 Ko
|
Description : Photo : Moonlight Benjamin, 2007 © Jimmy Braun
Vu : 3264 fois - Taille du fichier : 247.82 Ko
|
Description : Photo : Moonlight Benjamin, 2007 © Jimmy Braun
Vu : 3263 fois - Taille du fichier : 171.13 Ko
|
Dernière édition par Jimmy B le 18 Apr 2008 23:29, édité 3 fois en tout |
|