Jimmy B


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Posté le: 03 Jan 2008 12:52 Sujet du message: Label Makasound | Interview |
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Interview | Label Makasound : les épines du roots nous aiguillent
Aubaine pour les amateurs de reggae, le label indépendant Makasound* est incontournable. Entre passé et présent, leur catalogue, déjà bien étayé depuis 2002 (leur première production), dévoile à la fois un vrai savoir-faire passionné, dénicheur de talents et lustreur de rythmes « roots ».
Dans cette jungle musicale du reggae, Makasound est rassembleur de bonnes vibrations, à la base de rencontres, de créations - Winston McAnuff et Java ou les prises de sons sur le vif chez Earl "Chinna" Smith à la Jamaïque – et de rééditions léchées par les dieux du reggae, allant aux frontières des styles early reggae, one drop, rockers ou rub-a-dub - Alton Ellis ou The Mighty Three's pour ne citer qu’eux.
Mais qui se cache derrière ces galettes sonores ? Rencontre avec Nicolas Maslowski, l'un des deux fondateurs avec Romain Germa.
Comment est né Makasound ?
Makasound est un peu né par hasard, ou par la force des choses. Romain et moi travaillions à l'époque pour le site Soundicate.com (magazines et radios en ligne), où j'étais le rédacteur reggae. Nous interviewions des artistes reggae, les connus autant que les obscurs. Winston McANuff faisait partie de ces derniers, et tissant des liens d'amitiés avec lui, nous avons été invité en Jamaïque pour faire plein d'interviews. Pendant nos déplacements en voiture, il faisait toujours tourner un album à lui qu'on ne connaissait pas puisqu'il n'était jamais paru. Comme il nous plaisait, on lui a fait savoir et il nous a demandé si on pouvait trouver un label pour le sortir en France. À notre retour, nous avons démarché en vain ... personne ne voulait se risquer à sortir un artiste aussi méconnu. Nous avons finalement décidé de le sortir nous-mêmes. C'est comme ça qu'est sorti "Diary of the silent years", le premier Makasound. Puis nous avons décidé de continuer sur la lancée. Nous avons aujourd'hui vingt albums Makasound, plus d'autres disques dans d'autres collections (Inna de Yard, Makafresh et Black Eye)
Es-tu musicien et quel parcours t'a amené à la production musicale ?
Pas vraiment musicien même si j'ai fait du piano étant petit. Mais plutôt« collectionneur » de disques ; je crois que c'est le côté mélomane qui m'a poussé dedans, même si rien n'était calculé au départ.
Quel est l’artiste qui vous a permis de vraiment vous "installer" dans votre métier ?
Je pense que c'est Winston McAnuff, même si finalement c'est plutôt l'ensemble de nos sorties qui nous a permis de nous installer. C'est bien sur avec Winston que nous vendons le plus de disques, mais ça ne s'est pas fait comme ça. Winston a passé beaucoup de temps en France ces cinq dernière années, et nous avons travaillé comme en famille. Je pense qu'aucune autre structure n'aurait pu mener ce travail. Winston nous a permis de nous installer en nous ouvrant des portes en Jamaïque, autant que nous l'avons installé en France au gré des sorties et des rencontres qu'il a fait. C'est un travail en profondeur qui est encore en cours de réalisation. Par exemple Winston a connu Bazbaz au premier concert qu'on organisait de lui. Et Bazbaz était venu voir l'autre artiste au programme, Derrick Harriot. Puis plus récemment Winston a rencontré Java puisque nous travaillions avec R-Wan le chanteur de ce groupe...
Est-ce que les projets du label, comme la réédition, coïncide avec la volonté de sauver un patrimoine et de le mettre à disposition de tous ?
Oui tout à fait, c'est même l'idée de départ du label, qui avait une définition si précise que pour sortir d'autres choses que les rééditions, nous avons créé d'autres noms de collections.
Makasound ne sort rien d'après 1984 (apparition du reggae digital), et le label s'efforce de mettre en avant les artistes, ce qui était rares dans le reggae. C'est-à-dire son visage sur la pochette, sa biographie et/ou une interview dans le livret, plus en général les paroles des chansons. Il s'agit véritablement de mettre un patrimoine en avant.
Quel regard portes-tu sur les productions musicales actuelles en France ?
Je dois dire que je les trouve décevantes dans l'ensemble, mais c'est partout pareil, pas qu'en France. On produit de la merde et on la fait bouffer aux gens. Mais malheureusement c'est comme ça depuis longtemps, même si c'est de pire en pire. Le fait par exemple qu'un clown comme Michael Youn cartonne avec des parodies en est bien la preuve ... Alors bien sûr je parle du gros des productions musicales, de la grande masse, du très commercial, des artistes qui sont des produits « marketings », mais en fouillant on trouve plein de projets intéressants, tous styles de musiques confondus.
Vous produisez aussi des disques vinyles ?
Oui, nous pressons ou avons pressé certaines sorties en vinyles, mais nous sommes en retard sur l'ensemble du catalogue. Nous sortons aussi des maxis ...
Votre équipe d'artistes a été agrémentée dernièrement par les projets de Java et de son chanteur. Cela signifie que le label souhaite rester ouvert à toutes sortes de collaborations ? Une idée sur la prochaine collaboration spéciale ?
Dans l'idée du label, tout est ouvert. Nous avons commencé en rééditant des albums très pointus de reggae roots, mais c'est le point de départ. Nous n'avons pas encore vu la ligne d'arrivée, sil y en a une. Le début de l'ouverture s'est fait d'une part dans le cadre du projet de McAnuff et Bazbaz "A Drop", et aussi avec le lancement de la collection Inna de Yard qui compte aujourd'hui 8 volumes. Je ne peux rien dire de précis aujourd'hui si ce n'est que Winston McAnuff et Camille Bazbaz collaborent sur la suite de "A Drop", en même temps que Winston prépare un nouvel album 100% reggae avec le célèbre producteur jamaïcain Clive Hunt. Dans les semaines qui viennent, Winston doit aussi faire un featuring sur le nouvel album d'un parrain de la scène électro française ... tandis que Fixi de Java aimerait prolonger ses expériences musicales avec Winston. Nous nous sommes récemment ouvert à l'Afrique dans le cadre de notre collaboration avec Manjul, le producteur français de reggae qui est installé à Bamako (déjà paru Takana Zion "Zion Prophet" et à paraître pour fin novembre Bishob meets Manjul "get up & try"). Cette ouverture se prolonge puisque en mars nous lançons un label de blues mandingue, Chapa Blues, dont la première sortie sera en mars le premier album de Démé Victor, un chanteur de blues burkinabé...
Quelles sont les qualités chez Makasound que vous recherchez chez un artiste, et qui font que vous avez envie de le produire ?
Cela dépend des projets, mais les rééditions que nous recherchons sont dans la mesure du possible les meilleurs albums de reggae "roots" et les inédits, dans la mesure du possible. Pour les projets nouveaux et/ou les productions spéciales, nous essayons de travailler avec des artistes talentueux, créatifs, et pas trop égocentriques. Nous évitons les artistes compliqués. Pour la série Inna de Yard, c'est un peu comme un jeu d'enfant, donc nous essayons de répondre à nos envies en allant proposer la formule à certains de nos artistes jamaïcains favoris. Si ça marche, tant mieux et s'il y a refus, nous allons voir le suivant sur la liste des souhaits ...
Enfin, quels sont les projets actuels qui vous tiennent à cœur en ce moment ou que vous souhaiteriez mettre en place ?
Tout cela est un petit peu secret. Mais il y en a plusieurs et avec toujours des projets qui tombent, sans forcément qu'on les ai vu venir. Nous recevons de plus en plus de maquettes et/ou d'albums de groupes qui cherchent à exister. Toutes les portes se ferment depuis plus d'un an et beaucoup de projets restent sur le carreau. Je pense d'ailleurs que ça va être de plus en plus difficile pour un grand nombre d'artistes qui méritent cette appellation. Dans les projets qui nous tiennent à cœur mais qu'on ne sortira probablement pas, il y a The Rootz Underground, un nouveau groupe jamaïcain dont nous avions sorti en 2003 un EP du chanteur du groupe Steve Newland.
© Jimmy Braun – Janvier 2008
(*)Makasound (label) : Né du néologisme entre les mots ; « maka » (épineux, en patois jamaïcain) et « sound » (son, en anglais). Site Internet : http://www.makasound.com |
Description : © Photo : Makasound Team Jam
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