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La musique est ailleurs ...
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François Kokelaere
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MessagePosté le: 30 Jan 2008 15:03    Sujet du message: La musique est ailleurs ... Répondre en citant

Oui, bien sûr, mais il faut quand même quelques petites clefs afin qu’elle se mette en mouvement… Des outils techniques et des outils de réflexions, des outils tout court, quoi… Tout le problème est de se laisser faire, de se vider afin que la résonance se fasse.

Mais on nous apprend l'inverse, à nous remplir de choses inutiles, plein de soi, plein de peurs, plein de souffrances, plein de doutes, alors, on se réfugie dans la posture. La posture, "l'imposture de celui qui sait". On « fait » le musicien mais on "n'est pas" musicien. On parait être mais on "n'est" toujours pas.

Laisser les choses se faire, voilà le plus dur. Ne pas dire mais laisser dire.

La musique, les rythmes sont là depuis la nuit des temps, nous n'avons juste qu'à les "emprunter", les laisser s'activer, tranquille, puis les déposer à nouveau là où ils étaient. C’est la forme de la musique qui change mais pas le fond. Peu importe la forme que prend la musique, la forme n’a aucune importance, ce n’est qu’une forme, ce qui compte, c’est la musique, le fond, le contenu.

Arranger des sons entre eux, des notes entre elles, faire des harmonies, des rythmes, ce n’est pas ça la musique. La forme n’est qu’un prétexte.
Le contenu c’est la musique, qui a besoin d’une forme certes pour exister mais la forme n’est pas la finalité. La finalité, c’est le contenu, la musique …

Ce n’est pas parce que vous alignez des notes, des sons, des rythmes que vous êtes musiciens ? Ça n’a rien à voir. Vous êtes « metteur » en notes, en harmonie, en rythme. C’est autre chose. Vous pouvez le faire à la perfection, sans être le moins du monde musicien.

On confond tout ! Le gymnaste n’est pas danseur et pourtant les deux utilisent leur corps pour bouger. L’un bouge dans un cadre étanche, sa tête, à la recherche de la performance, l’autre danse avec les étoiles à la recherche de la poésie… Ce n’est pas la même histoire et les deux peuvent être parfaitement heureux, chacun dans sa discipline, chacun dans son domaine, chacun avec ses limites. Pourquoi pas ? L’essentiel, c’est de connaître sa place et de s’y sentir bien !

Les écoles de musique sont tout, sauf des écoles de musique. Ce sont des endroits où l’on forme des « metteurs en notes », pas des musiciens. On devrait les appeler « écoles de mise en notes ». Elles font ça très bien. Il faut bien apprendre la technique pour la dépasser….

Il faut bien apprendre le langage pour s’exprimer mais elles oublient trop souvent que l’alphabet, la grammaire et la syntaxe, ne font pas le poète.

Les professeurs de musique ne sont pas des professeurs de musique, pas du tout. Ce sont des professeurs de « mise en notes » ou de « mise en harmonie » ou de « mise en rythmes ». Mais la musique c’est autre chose…

Encore faudrait-il que les professeurs de musique soient aussi des musiciens et non pas seulement des « metteurs en notes »…
Encore faudrait-il qu’ils aient appris, ou au moins, qu’on leur ait dit un jour, que la musique est ailleurs afin qu’ils puissent informer leurs étudiants.

Mais les deux histoires sont quand même belles… elles ne s’opposent pas, elles se complètent.

C’est très agréable d’entendre des bons « metteurs en notes » aligner à la perfection et à la vitesse supersonique des notes, les unes derrière les autres. Faut le faire ! C’est du boulot. C’est impressionnant. Et même si ça n’a rien à voir avec la musique, ou plutôt le concept musical que nous développons dans ce texte, c’est quand même intéressant. Et même si c’est totalement illusoire, les magiciens sont plutôt des gens marrants. On dirait presque qu’ils ont un secret alors qu’ils ne sont que d’habiles manipulateurs.

Un type qui court autour d’un stade pour améliorer un record est tout aussi impressionnant. Les deux sont des pros qui gagnent leur vie avec leurs performances, dérisoires certes, car il y en a toujours un autre qui arrive et qui est meilleur qu’eux, qui va plus vite, encore plus vite, qui fait des arrangements encore plus compliqués, encore plus sophistiqués, ça n’arrête jamais… Ils n’impressionnent que ceux qui ne les ont pas encore dépassés…

Afin que les écoles de musique justifient leur appellation, il faudrait qu’elles assurent la « mise en notes », elles font généralement ça très bien, mais aussi qu’elles préparent à « la mise en musique », ça elles le font beaucoup moins, même carrément très rarement ou pas du tout…

« La musique vient du silence et y retourne… »

Le silence est une valeur relative qui n’existe pas, d’accord… Il y a toujours un bruit, un son, dans le silence le plus profond et dans un silence absolu, ce sont les bruits du corps, les sons internes que l’on entend, que l’on ressent. Soit… Alors considérons le silence comme un état de non-musique ou plutôt « d’avant musique » et « d’après musique », comme un état d’immobilité.

Ce n'est pas nous qui existons mais bien la musique qui existe à travers nous.

Le musicien est un médium, un intercesseur entre le silence et le silence. La musique n’est qu’une organisation différente du silence. Un épiphénomène entre deux phénomènes. Un autre mouvement.

La musique est un mouvement qui s'organise dans l'espace-temps en trois dimensions, comme une sorte de chorégraphie dans l'espace visuel et dans l’espace virtuel.

Visuel, notre périphérie immédiate.
Virtuel, dans une vision cosmogonique. De l’infini des étoiles, en passant par le sol, traversant la terre jusqu’à l’autre infini des étoiles.

Ce mouvement est accord avec la caisse de résonance faite du vide du musicien et le vide de la caisse de résonance de l'instrument. Ce mouvement en spirale va des profondeurs au firmament, en mouvement perpétuel, en se nourrissant des énergies du lieu, quel qu'il soit, qui devient à son tour caisse de résonance.

« Faire le son… », mettre en résonance un lieu.

« S’accorder », s’accorder soi, avec le lieu, avec les musiciens, avec le public. Accorder l’instrument.

Mettre en résonance un auditoire, faire en sorte qu’il devienne une caisse de résonance. Faire le vide... Le vide intérieur, vider le public de ses « a priori », de ses certitudes, de ses habitudes, de ses références. Puis, "se laisser mettre en mouvement" le vide constitué de cet espace très matérialisable situé entre le public et l'interprète. L’espace vide…

Regarder les couleurs, les « voir ». Les vibrations que dégage chaque couleur puis les accorder entre elles comme un peintre.

Regarder les couleurs des instruments, des vêtements, des décors, du sol, les deviner, aller à leur rencontre, les laisser nous parler puis les accorder.

Tout accorder : soi, le public, les instruments, les lumières, les costumes, la salle, le plateau…

Donner vie à l’objet afin qu’il devienne à son tour « instrument » et qu’il puisse se laisser "instrumentaliser" par la musique. Faire vivre le bois, le cuivre, la peau, la corde, retrouver, découvrir leur âme. Les faire vibrer. Les « incarner »…

Accorder les caisses de résonance afin que se crée un mouvement entre-elles.

Entrer en "phase" avec les vibrations prodiguées par les sons. "Phaser" les harmonies, les rythmes jusqu'à ce qu'ils deviennent polyphonie et polyrythmie.

Étirer l’espace intérieur des temps, le « groove », spiraler cet espace.
Faire « chanter » les notes afin qu’elles prennent vie, elles aussi. Les « animer », leur donner une âme. Les laisser s’amuser entre-elles. Les laisser vivre, quoi…

Il n'y a pas de quête de résonance ultime, ce serait une supercherie. La résonance ultime "est" là, partout, toujours, source de bien être, d'éternité et de plénitude, c’est elle qui régie tout les grands équilibres des saisons, des planètes depuis la nuit des temps, depuis le commencement.
La laisser « se faire », donner seulement le minimum d’impulsion pour la mettre en mouvement puis laisser faire encore et toujours, et ne pas être juge de sa qualité ou de sa perception.

    « On va mettre la main dans l'eau ...

    Il y a l'eau, la main et l'air qui sépare la main de l'eau.
    On laisse la main, à travers l’air, se diriger vers l'eau,
    puis vient la sensation de l'eau.

    On laisse la main dans l’eau.
    Il y a la sensation de la main dans l’eau et de l’air sur le bras…
    On retire la main, avec le souvenir de la sensation de l'eau, comme une résonance, puis l'eau s'écoule, et l'on retrouve la sensation de l'air ? La vie reprend son cours...
    »


Un concert c'est pareil. Il y a un avant, une préparation-mise en situation, un pendant, un après qui rejoint l'avant.

Il y a la vie avant, la contingence matérielle,
puis la préparation comme une sorte de rituel, comme une sorte de branchement, il y a pendant, la résonance, il y a après, la descente puis le souvenir et le retour à la contingence matérielle.

« Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise musique, il y a "la musique".»

Il n’y a pas « des musiques » mais bien « une musique », celle qui résonne ou celle qui ne résonne pas. Le reste est tergiversation et vue de l’esprit.

Il n'y a pas de bons ou de mauvais musiciens, il y a ceux qui résonnent et ceux qui ne résonnent pas. Chacun se débrouillant avec sa posture, ses certitudes, ses peurs, ses lâchetés, sa personnalité, son parcourt, son vécu, son karma.

La technique n’est rien, le savoir-faire n’est rien, s’ils ne sont pas au service d’un contenu, d’une résonance.

Une note peut induire le mouvement perpétuel et mille, peuvent être un océan de bavardage.

La virtuosité n’est rien, si elle n’est pas au service du vide.

L’interprétation est un non sens. Comme si le musicien devait interpréter les notes. Rien de tel pour les annihiler. Le musicien doit laisser faire les notes, les considérer comme de la matière vivante et les laisser lui parler. Comme si le musicien était plus fort que les notes. Qu’il écoute plutôt ce que les notes ont à lui dire, qu’elles lui parlent et qu’il les écoute. Mais le musicien se prend pour un sorcier et se croit au-dessus de tout. Entre l’orgueilleux et le crétin, l’espace est mince. L’orgueilleux est un peureux arrogant qui ne trompe que lui-même, le crétin est un crétin plutôt sympathique car il ne le fait pas exprès.

Le musicien regarde les notes mais ne les voit pas. Il est sourd à toute communication avec elles, puisque c’est lui le patron… le boss !
Il ne voit pas que les notes « sont », qu’elles existent et qu’elles ont une durée de vie bien supérieure à la sienne. Quand ce petit prétentieux de musicien quittera enfin sa contingence matérielle, les notes de musique seront toujours là et se joueront d’autres musiciens. Alors… du calme !

« Ce n’est pas le musicien qui joue la musique mais bien la musique qui se joue du musicien. »

Quant à « la grâce », la façon dont certains sont habités par la musique, là, c’est encore une autre histoire.

Les génies ! Les génies n’ont rien de génial, c’est la musique qui est géniale, pas eux. Eux, sont rien et tout à la fois.

Ils sont « rien » car la musique ne leur appartient pas, elle est là, c’est tout… Ce n’est pas parce qu’elles passent à travers eux qu’ils sont géniaux.

Ils sont « tout » car pour des raisons qui leur échappent, ils sont reliés avec la musique. Ils sont tellement vides qu’ils peuvent se remplir de musique. Alors tout devient musique en eux, ils « sont » musique. Ils ne jouent plus des notes, ils « sont » les notes. Les notes, la musique, parlent à travers eux. Appelons ça « la grâce » ! Ils sont donc « gracieux », pas géniaux…

La grâce est un état de renoncement total.
La grâce est un état de vide qui apparait quand le musicien a enfin renoncé à lui-même. Quand il ne joue plus mais qu’il « se laisse jouer ». Quand il se met enfin, au service du vide.
La grâce est la manifestation du vide interne, la manifestation très concrète de l’ouverture du canal.

« Le musicien est un simple canal entre le silence et le silence… »

© 2008 François Kokelaere - Mardi 29 Janvier 2008 à Ardenais (France).

Mais qui est François Kokelaere ?

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manuelito
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MessagePosté le: 30 Jan 2008 19:07    Sujet du message: Répondre en citant

pas d'accord
déjà tu commence à parler comme si tu avais tout compris on dirai que tu veux jouer les gourou..
ensuite ton discours évoque une musique unique à l'image de la pensée unique la bonne musique c'est ça c'est ce que je dis et j'ai raison..
non! tout comme chacun est différent chacun exprime quelque chose qui lui est propre et ça tu le met ou dans ta theorie?
que vient faire le mystique la dedans? la musique c'est juste un moyen d'expression de communication comme la parole.pourquoi mystifier? .. pas pour moi en tout cas merci bien
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François Kokelaere
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Localisation: France

MessagePosté le: 30 Jan 2008 20:12    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour Manuelito,

Que ce discours ne te concerne pas, c'est ton choix mais pas d'agressivité, s'il te plait.
C'est de plus tellement facile de façon anonyme comme ça, sur le net.
Tu remarqueras que je n’avance pas caché et que j’assume mes idées au risque de bousculer.

Que mes idées te déplaisent, soit, alors argumente les tiennes et voyons où elles nous mènent et débattons en. Peut-être arriveras-tu à me convaincre ? Va savoir ?

Que tu perçoives le ton que j'emploie comme "gourouïsant", c'est ton problème, qu'est-ce que tu préfères, que je me taise?

Je n'évoque pas une musique unique, bien au contraire, la musique peut prendre toutes les formes possibles, à mon avis, ce n'est pas ça qui compte mais le contenu qu'elle véhicule.

Citation:
"Que vient faire la mystique là-dedans?"


C'est toi qui perçoit ce texte comme "mystique" avec tout le côté péjoratif que tu donnes à ce mot. Pour moi il n'est pas mystique car il correspond à mon expérience de musicien mais s'il était "mystique", cela ne me dérangerait pas non plus. En quoi la mystique serait une plaie ?

Mais qui est François Kokelaere ?
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Ludoprevel
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Messages: 48

MessagePosté le: 30 Jan 2008 20:56    Sujet du message: Répondre en citant

Pourquoi s'énerver quand quelqu'un dit bleu?
Parce qu'on dit rouge?

Pour une fois que quelqu'un donne généreusement de quoi réver ou penser (selon ce qu'on en fait) sur un forum de gros bras férus de matos et de technique!

Merci pour tes vieux djembefolas sans adresse ni partition, pour les spirales ternaires qui descendent du ciel et qui y mènent...
Raconte nous des histoires des vieux sages ou de jeunes fous d'avant ou d'ailleurs, et si certaines réactions paraissent binaires, c'est pour que ceux qui les ont en prennent conscience...
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Philippe Fouchard
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Inscrit le: 13 Aug 2004
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MessagePosté le: 31 Jan 2008 8:33    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour François,

Avant tout, te lire est un plaisir même si j'ai parfois les poils des mollets qui traversent mes chaussettes.

« Pas d'agressivité, s'il te plait » !?

Je suis surpris et quelque peu gêné qu’avec autant de sagesse et nous invitant au lâcher prise, tu ne donnes pas la place à l’agressivité.

Elle me paraît pourtant bien saine en réaction à ton expression écrite.

La violence est l’échec de l’agressivité. En ce sens réprimer l’agressivité c’est souvent déclencher la violence. De plus, s’exprimer librement en cherchant à contrôler le ressenti de l’autre, ça s’appelle manipuler et je suis sûr que là n’est pas ton intention.

Il me paraît donc sain que l'agressivité soit comme l'intérêt ou l'admiration bienvenue sur ce forum.

Autre chose, je te remercie de nous montrer la voie, mais il me paraît important de préciser qu’avant de fréquenter le vide, c’est mieux de s’être rempli. En d’autres termes, il est vraiment important d’être quelqu’un avant de devenir personne… Ton danseur avec les étoiles a été proche du gymnaste, les pieds sur terre, à ses débuts et il l’est, probablement encore un peu par moment.

Pour terminer ; à mon sens, « la musique est ici et ailleurs », pourquoi diviser, fragmenter ? Pourquoi séparer deux belles histoires qui, en fait ne font qu’une ? Pourquoi dissocier le fond et la forme qui sont indissociables ?

Kimura Bin, distingue trois moments qui ne peuvent pas être séparés dans l’acte musical :

1) - l’acte créé dans le présent, le percussionniste est concentré sur la succession rapide de sensations que lui apporte son jeu d’instant en instant. C’est l’aspect agissant de l’acte musical.

2) - l’écoute active de ce que l’on exécute avec pour objectif de créer une unité cohérente à chaque fois qu’un son ou un silence vient s’intégrer à la musique déjà exécutée.

3) - l’attitude mentale d’anticipation des sons et silences à venir, ce qui donne une direction déterminée à l’acte musical.

Le premier moment (noétique), pur jaillissement, est à distinguer des deux autres (noématique) qui le soutiennent mais ils ne font qu'un.

Kimura dit : « Comme tout acte humain, la musique émane de l’acte de vivre. Elle est, sans doute, une activité vitale aussi fondamentale que de manger, de dormir et de se reproduire. On peut reconnaître dans le chant, la danse, la musique, un jaillissement de la vie sous sa forme primitive et originelle. Le premier moment de l’acte musical se réalise directement dans ce jaillissement, même s’il est soutenu par les deux autres ». Il pose alors une hypothèse : il y a quelque chose sur la terre que nous nommons « fond de la vie ». Nous ne vivons que pour le maintien d’une relation à ce fond dans le sentir et l’agir, c’est-à-dire la forme.

Tu écris : « ce n’est pas nous qui existons mais bien la musique qui existe à travers nous », as-tu vraiment cette expérience ?

Quand je joue, j’existe et la musique à travers moi. Je suis conscient de mon environnement mais aussi au travers de mes sensations d’instant en instant au fond vital qui m’est intérieur. Alors dans cet entre-deux, dans un mode moyen, je suis acteur et spectateur, jouant et joué, maîtrisant et maîtrisé. N'est-ce pas ce que nous recherchons tous, parfois à notre insu ?

Musicalement.

Phil

http://www.myspace.com/philippefouchard
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François Kokelaere
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MessagePosté le: 31 Jan 2008 10:14    Sujet du message: Répondre en citant

Mon cher Philippe,

Ce que tu viens d’écrire et de citer est probablement la chose la plus intelligente que j’ai lue depuis longtemps. Et c’est finalement à ça que servent ces petits textes que je distille de temps en temps sur la toile : à bousculer les habitudes et les certitudes, à tenter de définir l’indéfinisable, à tenter de comprendre l’incompréhensible, à échanger nos impressions, nos sensations. Tes mots vont me permettre de nuancer certaines choses ou de les préciser et vont faire, à coup sûr, nourrir et mûrir ma réflexion.
Ces textes, comme tu t’en doutes, viennent souvent à la suite d’interpellation. Celui-là, de celle d’un musicien classique, un peu perdu dans son parcours et de celle d’un musicien de jazz qui ne comprends pas pourquoi il n’arrive pas à toucher « la chose ». Alors, je réfléchis encore et encore au fait que j’ai cette sensation aujourd’hui, de baigner dedans et que d’autres ne l’ont pas et comme tout cela me paraît universel, j’ai envie de leur faire partager cet état.

A propos de « l’agressivité », bien sûr qu’elle est nécessaire, surtout quand on lit quelque chose qui nous bouscule, mais est-elle indispensable ? J’ai longtemps fonctionné comme ça aussi, du temps où je cherchais et cela n’a fait que pourrir le débat pour finalement constater, que celui-ci allait beaucoup loin quand on arrivait à mesurer ces propos. Tu en es la preuve. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille utiliser non plus une sorte de langue de bois politiquement correct mais faisons juste attention à ne pas dériver vers l’intolérance. Tu vois ce que je veux dire et tu sais combien je déteste l’usage de pseudos qui permettent à l’interlocuteur de cacher son vrai visage. Comme par hasard, les choses sont beaucoup plus calmes quand on sait à qui on a à faire et souvent, en débranchant de suite l’agressivité que nous avons tous au fond de nous, les choses se passent beaucoup mieux.
Mais tu as finalement raison quand tu dis :
Citation:
« La violence est l’échec de l’agressivité. En ce sens réprimer l’agressivité c’est souvent déclencher la violence. »

je saurai m’en souvenir, merci.

Juste deux ou trois petites choses pour rebondir à tes propos ou à ceux de Kimura Bin :

Citation:
« mais il me paraît important de préciser qu’avant de fréquenter le vide, c’est mieux de s’être rempli. En d’autres termes, il est vraiment important d’être quelqu’un avant de devenir personne… »


Tu as parfaitement raison, je n’ai pas été assez clair mais ce qui est troublant, c’est que certains sont d’emblée, vides, comme reliés naturellement, sans chemin particulier. J’en ai rencontré. Troublante par exemple, cette notion de « sabou » en Guinée, de destinée ou de pré-destination. Un enfant qui a déjà tout… Comme s’il y avait toujours deux chemins possibles, à la fois complémentaires et contradictoires ? Le chemin de l’apprentissage afin de se « remplir » et le chemin de la « résonance » pour se vider. Et certains, n’ont pas besoin de l’apprentissage pour être vide et pour relier les deux voies. Mais ne sont-ils pas là, tout simplement, pour nous montrer que nous devons en baver sur notre chemin si nous voulons atteindre leur degré de résonance ?

Tu dis :

Citation:
« Pour terminer ; à mon sens, « la musique est ici et ailleurs », pourquoi diviser, fragmenter ? Pourquoi séparer deux belles histoires qui, en fait ne font qu’une ? Pourquoi dissocier le fond et la forme qui sont indissociables ? »


Bien sûr, mille fois raisons, « tout est dans tout ». Je n’oppose rien, tout est complémentaire de tout. Les deux histoires sont « fragmentées » par souci de clarté comme le chemin du « plein » et le chemin du « vide » qui ne font que se rejoindrent dans une même et permanente spirale.


Citation:
«Kimura Bin, distingue trois moments qui ne peuvent pas être séparés dans l’acte musical :
1)- l’acte créé dans le présent, le percussionniste est concentré sur la succession rapide de sensations que lui apporte son jeu d’instant en instant. C’est l’aspect agissant de l’acte musical. »

Je situe ce moment dans le « pendant » du concert. La préparation, « l’avant » même s’il dure une seconde et un moment important. Le moment où on se « relie », on se branche, où on se met en état de résonance. Un peu comme dans un rituel.

Citation:
»2) - l’écoute active de ce que l’on exécute avec pour objectif de créer une unité cohérente à chaque fois qu’un son ou un silence vient s’intégrer à la musique déjà exécutée. »

Moi, je n’ai pas trop cette sensation mais beaucoup plus quelque chose qui tient du laisser faire actif, surtout quand il s’agit de musique improvisée ou d’improvisations dans un cadre structurel confortable. Comme si, en laissant venir les notes, elles avaient leur propre détermination à s’organiser entre-elles et c’est là que la sensation de vide intérieur prend toute sa dimension car plus on est vide et plus ça résonne. J’ai vu dimanche soir sur Arte un violoniste extraordinaire qui connaissait et maîtrisait tellement ce qu’il avait à jouer (sa structure), qu’il entrait en résonance avec tout ce qui l’entourait. La façon dont il se tenait, son regard, ses mouvements, son jeu respirait « le vide » dont nous parlons, ce n’était plus lui qui jouait mais bien la musique qui passait à travers lui. Du moins, c’est ce que j’ai ressenti. Et quand il eut fini, pas plus fatigué que ça après cette explosion d’énergie, cette bombe atomique de résonance, il a salué et est parti. Salut la compagnie, je retourne dans les étoiles… Glup…


Citation:
« 3) - l’attitude mentale d’anticipation des sons et silences à venir, ce qui donne une direction déterminée à l’acte musical. »

Bof, cela me paraît encore trop « déterministe » et contrôlé.

Citation:
»Il pose alors une hypothèse : il y a quelque chose sur la terre que nous nommons « fond de la vie ». Nous ne vivons que pour le maintien d’une relation à ce fond dans le sentir et l’agir, c’est-à-dire la forme.

Peut-être est-ce ce que je cherche à définir comme « résonance ultime » ?

Tu écris :
Citation:
« ce n’est pas nous qui existons mais bien la musique qui existe à travers nous », as-tu vraiment cette expérience ? »

Complètement et avec la sensation que le travail, l’étude, le « remplissage » ne sert qu’à engranger de la matière qui ressortira lors de l’état de vide sous une forme et une organisation, qui très souvent nous surprend et nous échappe. Combien de fois en écoutant l’enregistrement d’un concert, je me dis « mais qu’est ce que c’est que ça, c’est super ce que joue le musicien » alors que c’est moi qui jouait, comme s’il était impossible que je joue de pareilles choses en contrôlant ! Et c’est à chaque fois, une aventure musicale extraordinaire puisque, sur le principe de l’accord avec le lieu, la salle, l’état dans lequel on se trouve, la saison, etc… les énergies sont complètement différentes. C’est pourquoi, chaque concert est unique. Je suis par exemple très sensible à l’architecture du lieu qui induit son architecture sonore, très sensible aux couleurs. J’essaie par exemple d’accorder la couleur des gélatines des projecteurs, avec la couleur des costumes et des instruments car pour moi, tout résonne, tout est en vibrations, tout est en mouvement et comme par hasard, quand tout s’accorde, la musique est exceptionnelle. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Il suffit d’observer la nature pour constater que tout y prend sa juste place avec une cohérence qui parfois nous échappe. Le potager pour cela est une expérience redoutable… Un auditeur est aussi un spectateur et l’énergie que nous dégageons doit aussi être accordée avec « ce que nous laissons jouer »… Tout est lié et indissociable. Mais ce n’est pas si simple. Un vieux bluesman, qui joue « déchenaillé » sur un banc public dans un square de la « Nouvelle Orléans », peut être complètement accordé et « raccord » avec sa résonance. Charlie Parker, bien chargé de substances euphorisantes n’en est pas moins relié et John Coltrane et Jimmy Hendrix, et des milliers d’autres.

Citation:
«Quand je joue, j’existe et la musique à travers moi. Je suis conscient de mon environnement mais aussi au travers de mes sensations d’instant en instant au fond vital qui m’est intérieur. Alors dans cet entre-deux, dans un mode moyen, je suis acteur et spectateur, jouant et joué, maîtrisant et maîtrisé. N'est-ce pas ce que nous recherchons tous, parfois à notre insu ? »


Oui, il y a beaucoup de ça mais il n’y a pas que ça. Et bien dis donc, après toutes ce belles paroles, si on n’est pas musicien alors on pourra faire poète.

Bien cordialement.

Mais qui est François Kokelaere ?
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manuelito
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MessagePosté le: 31 Jan 2008 11:35    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour François,

[quote="François Kokelaere"]

Citation:
Que ce discours ne te concerne pas, c'est ton choix


Ce discours me concerne car je l'ai lu et n'importe qui passant par là peut le lire. Et oui il m'a déplu dans le sens ou il résonnait comme une leçon type leçon de moral c'est sa réthorique qui me choque au premier abord et le fond par la suite.

Citation:
mais pas d'agressivité, s'il te plait.


Projection de ta part. Je suis juste réactif à ce que tu dis. Et Philippe à entièrement raison d'apporter la nuance distinguant la violence de l'agressivité. La violence n'admet pas le dialogue.

Citation:
C'est de plus tellement facile de façon anonyme comme ça, sur le net.Tu remarqueras que je n’avance pas caché et que j’assume mes idées au risque de bousculer.


Combien de personne peut on se vanter de connaitre réellement?
Même si tu connais leur vrai visage ces personnes ne peuvent elles pas mentir?
Leur nom ou leur visage te renseignent ils sur leurs intentions?
Mon nom ne te dira rien comme le tiens ne me dis rien tes cv sur internet ne me disent rien non plus. Notre être profond nous passons notre vie à le chercher et quand bien même nous croyons l'avoir compris voila qu'il nous surprend dans l'image que les autres nous renvoi de nous même..on ne s'y reconnait pas.
Pour ma part j'assume aussi mes idées et je n'ai pas non plus peur de bousculer.

Citation:
Que mes idées te déplaisent


Sans vouloir t'offenser, les idées que tu évoque ne sont pas "les tiennes". C'est une théorie assez connue mais qui ne tient qu'avec des bouts de ficelle. Je ne voit dans ton écrit aucun argument raisonnable sur lequel elle s'appuierait.

Citation:
Peut-être arriveras-tu à me convaincre ? Va savoir ?


Ce n'ai pas mon but de convaincre. Je préfère débattre.

Citation:
Que tu perçoives le ton que j'emploie comme "gourouïsant", c'est ton problème, qu'est-ce que tu préfères, que je me taise?


Pourquoi se taire? Tu as un talent d'orateur et tes écris ont de la gueule.
Peut être en attend je plus. Bien belle théorie mais aucun argument. C'est surtout cela qui me semble critiquable. Le néophyte peut s'y perdre et il cherchera la reconnaissance dans les autres ou il oubliera de se remplir et s'auto proclamera canal.


Citation:
En quoi la mystique serait une plaie ?


Ce que j'appel "la mystique" c'est le coté sans fondement, il faut juste y croire parce que je le dis. Cela donne à celui qui s'en sert un pouvoir immense sur celui dont l'esprit n'a pas la force de lutter.






Cependant, un argument qui, pour ma part, me semble à la fois recevable et complètement subjectif pour étayer cette théorie c'est que le musicien qui laisse passer la musique met beaucoup de gens d'accord.
Sa musique touchera alors le néophyte tout comme le connaisseur exigeant.
Mais je ne vois pas d'autre voie pour y arriver que de travailler avec acharnement pendant longtemps et laisser les autres en juger.
Prendre connaissance de cette théorie peut brouiller l'esprit. On va alors chercher le suprême évoqué ici dans un souci égoïste d'être "le meilleur". Il ne faut pas bruler les étapes, en rien connaitre le résultat ne peut aider à y acceder seul le travail y mène.
C'est pour cela, François, que je trouve ton écrit beau mais inutile.

Musicalement,
Manuelito
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Philippe Fouchard
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MessagePosté le: 31 Jan 2008 12:15    Sujet du message: Répondre en citant

Merci François.

Je réalise en te lisant que je suis en train de partir à la chasse aux sorcières.

C’est ta façon de présenter la dimension spirituelle dans les percussions qui me fait réagir.

Je me questionne depuis longtemps sur une approche spirituelle et une approche thérapeutique des percussions et il y a beaucoup de n'importe quoi.

C’est cette histoire de vide et de résonance qui loin de me faire rêver, me pose questions.

Ma réaction est souvent vive face à l’idée que le « musicien réalisé ou inspiré, le percussionniste relié, spirituel » aurait pleinement raboté son ego et ne serait plus qu’une caisse vide favorisant la résonance d’un ailleurs. Il ne serait plus que le véhicule, le canal, le médium, le hall d’accueil de quelque chose qui le dépasse et existerait au dehors de lui. Il ne serait alors que le simple éxécutant d’impulsions provenant de je ne sais où, du cosmos, du divin ou des ancêtres.

Pour être un peu provoc, je dirais que, d’une part ce vide n’existe pas et que la sensation de vide est souvent liée à une perturbation de l’expérience ou à un manque d’attention, de concentration ou à un déni, un refus de vivre ce qui est vraiment là. Car ce vide est en faîtes plein de sensations fertiles (avant, pendant et après). Et pour moi, la poésie dans la percussion, le sentiment esthétique, naît de la conscience immédiate et implicite à la fois de l’environnement et de la concentration du percussionniste sur les sensations que lui procure le maniement de son instrument et des sons qui en résultent dans cet environnement. Elle est là la magie, dans la conscience de mon vécu, dans l’enracinement, dans la conscience de mon ici et maintenant en train de jouer. Alors à ce moment, je suis peut-être relié à quelque chose qui me dépasse mais non pas parce que je suis vide et que je laisse résonner mais parce que je suis plein de mes sensations et de mes émotions. La pratique de la percussion devient alors une chance de mourir vivant…

Oh la, je vais arrêter mon délire ici.

Pour finir je dirais que je n’aime pas beaucoup ce concept de vide et de résonance. Dans le vide rien ne résonne. C’est parce qu’il y a de l’air que ça résonne et l’air est à l’espace ce que les sensations, les émotions sont à l’humain.

Oh la la ! Cette fois-ci j’arrête…

A bientôt.

Phil

http://www.myspace.com/philippefouchard
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François Kokelaere
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MessagePosté le: 31 Jan 2008 12:33    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
« Mais je ne vois pas d'autre voie pour y arriver que de travailler avec acharnement pendant longtemps »


Et pourtant nombreux sont ceux qui « travaillent avec acharnement » et qui ne voient rien venir…
Le travail est une chose comme le disait si joliment Philippe, il permet de "se remplir" mais s’il est une fin en soi, il ne mènera nulle part. Des gens travaillent toute leur vie « avec acharnement » et pourtant, ils ne feront jamais une note de musique. Il n’y a donc pas que le travail, ce serait trop simple. Toute personne qui « travaille » serait musicienne. Désolé mais ça ne peut pas marcher pas tout à fait comme ça.
Bien sûr qu’il faut du travail mais la culture du « tout travail » est autant un leurre que celle du « non travail », très courante dans la percussion.
Comment expliques-tu que les grands maîtres du tambour non jamais « travaillé » ? Ils n’ont jamais passé une minute seul devant leur instrument comme nous le faisons tous les jours. Ils ont joué, jour après jour mais jamais avec la notion de travail, de labeur ou de peine. Ils ont appris par immersion, par capillarité, par mimétisme mais pas en « travaillant ». Il serait donc possible d’apprendre autrement ? Ils n’ont jamais travaillé avec « acharnement », ils ont toujours joué plutôt détendus. Là, c’est embêtant car cela veut dire qu’il n’y a pas que la voie du travail acharné.
Tu peux apprendre aussi quelquefois davantage en restant assis à côté d’un grand musicien, par capillarité, qu’en bossant des milliers d’heures, seul, sur ton instrument.


Citation:
« et laisser les autres en juger. »

C’est surtout un problème entre Soi et Soi.

Citation:
« Prendre connaissance de cette théorie peut brouiller l'esprit. «

Qu’est-ce que ça veut dire, qu’il ne faut pas émettre de théorie, qu’il ne faut pas penser autrement, qu’il peut être dangereux d’apporter un autre regard. N’est-il pas aussi dangereux de faire croire aux gens que seul le travail est la panacée ?


Citation:
« Bien belle théorie mais aucun argument. C'est surtout cela qui me semble critiquable. »

Aucun argument… Glup… alors que j’essaie justement de les concrétiser. Dis qu’ils ne te touchent pas, qu’ils n’arrivent pas à te convaincre mais ne dit pas « aucun argument ».


Citation:
« Le néophyte peut s'y perdre et il cherchera la reconnaissance dans les autres ou il oubliera de se remplir et s'auto proclamera canal. »
On va alors chercher le suprême évoqué ici dans un souci égoïste d'être "le meilleur".

De toutes façons le néophyte se perdra s’il a envie de se perdre et s’il a envie de se proclamer « canal » ou prophète, ce n’est pas les quelques observations dont je parle qui l’en empêcheront.

Citation:
« Il ne faut pas brûler les étapes, en rien connaître le résultat ne peut aider à y accéder seul le travail y mène. »

Mais le résultat on l’a en permanence devant soi quand on écoute et que l’on voit un musicien qui résonne ?


Citation:
« C'est pour cela, François, que je trouve ton écrit beau mais inutile. »

Ah au moins, tu le trouves beau. Tu apprécies donc davantage mes capacités de poète à celle de « gourou ». Tu m’en vois ravi… Ca me convient parfaitement d’ailleurs !

Allez salut, et bonne musique.

Mais qui est François Kokelaere ?
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François Kokelaere
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MessagePosté le: 31 Jan 2008 20:24    Sujet du message: Répondre en citant

Salut Philippe, c’est un vrai bonheur de dialoguer avec toi, surtout que t’envoies fort… C’est dingue mais en te lisant, j’aurais presque l’impression d’être intelligent. Ce ne doit être qu’une impression !

Citation:
« Je me questionne depuis longtemps sur une approche spirituelle et une approche thérapeutique des percussions et il y a beaucoup de n'importe quoi. »


As-tu déjà vu les cérémonies Gnawa du Maroc qui soignent « les dérangements de la tête » sur des rythmiques ternaires et en psalmodiant « Allah » ? C’’est assez impressionnant et manifestement très efficace.
Quant au côté spirituel des percussions ? Ouais, comme très souvent la musique est lié aux cérémonies ? Je ne sais pas ce que tu entends par là. « Spirituel » ?
Ca ne m’évoque pas grand-chose en fait… Si tu pouvais développer ?

Citation:
« Ma réaction est souvent vive face à l’idée que le « musicien réalisé ou inspiré, le percussionniste relié, spirituel » aurait pleinement raboté son ego et ne serait plus qu’une caisse vide favorisant la résonance d’un ailleurs. Il ne serait plus que le véhicule, le canal, le médium, le hall d’accueil de quelque chose qui le dépasse et existerait au dehors de lui. Il ne serait alors que le simple exécutant d’impulsions provenant de je ne sais où, du cosmos, du divin ou des ancêtres. »


C’est vrai que dit comme ça, ça fait un peu drôle et c’est un peu raide…

Citation:
« Pour être un peu provoc, je dirais que, d’une part ce vide n’existe pas et que la sensation de vide est souvent liée à une perturbation de l’expérience ou à un manque d’attention, de concentration ou à un déni, un refus de vivre ce qui est vraiment là. Car ce vide est en faîtes plein de sensations fertiles (avant, pendant et après). Et pour moi, la poésie dans la percussion, le sentiment esthétique, naît de la conscience immédiate et implicite à la fois de l’environnement et de la concentration du percussionniste sur les sensations que lui procure le maniement de son instrument et des sons qui en résultent dans cet environnement. Elle est là la magie, dans la conscience de mon vécu, dans l’enracinement, dans la conscience de mon ici et maintenant en train de jouer. Alors à ce moment, je suis peut-être relié à quelque chose qui me dépasse mais non pas parce que je suis vide et que je laisse résonner mais parce que je suis plein de mes sensations et de mes émotions. La pratique de la percussion devient alors une chance de mourir vivant… »


On peut bien sûr, l’interpréter comme ça, j’étais aussi là-dedans, il n’y a pas si longtemps comme j’ai été aussi, bien sûr, dans le « tout travail » cher à Manuelito.
J’ai cru longtemps que les musiciens qui nous assénaient leurs gammes virtuoses n’avaient en fait rien à dire. Obsédé par le concept très africain de la « parole » musicale, provenant probablement à la base de l’imitation de la modulation du langage. J’ai vu et entendu des jembéfolaw, des violonistes, des tubistes, des saxophonistes, enfin plein de musiciens, « parler » avec leurs instruments. Je suis resté longtemps focalisé sur ça. Pourquoi certains « parlent-ils » et pourquoi d’autres ne parlent pas ? Est-ce simplement parce qu’ils n’ont rien à dire ?
Puis je me suis rempli de mes sensations, de mes émotions comme tu le dis si bien, je me suis vu jouer, comme si c’était quelqu’un d’autre que moi qui jouait.
Mais la chose continuait à m’échapper. Plus je cherchais à le retrouver plus je m’en éloignait. Je la touchais parfois, puis la perdait.
Et puis, un jour sans trop savoir pourquoi, j’ai fait un parallèle entre toutes ces choses étranges et inexplicables que j’ai pu voir et vérifier par moi-même en Afrique ou ailleurs, et des choses tout aussi inexplicables qu’arrivent à faire les pratiquants éclairés des arts martiaux internes chinois. Les deux défient les lois de l’apesanteur, du rationnel, du « raisonnable ». J’ai la chance d’avoir une compagne danseuse contemporaine et qui a un très haut niveau de Taï Chi Chuan, (elle est d’ailleurs en ce moment en Chine), j’ai trouvé dans sa pratique et dans les textes de son vieux maître chinois des choses qui m’ont beaucoup « parlé » par rapport à ma pratique musicale.
Alors est venue cette idée de résonance, de vide résonnant. Et du coup, le problème s’est résolu par lui-même et l’aventure personnelle musicale, s’est avérée mille fois plus intéressante et enrichissante. Et plus les choses s’accordent entre-elles, plus elles résonnent, plus elles vibrent et plus les sensations sont fortes. Pas pour moi, ce n’est pas du tout une quête d’adrénaline, c’est plutôt une sensation de plénitude où tout résonne. C’est un pied immense d’ouvrir le regard à 180° et de se sentir une petite étoile au milieu d’une galaxie. C’est tout… mais c’est déjà pas mal.

Bon, c’est bien joli tout ça, Kokelaere s’éclate quand il joue, super et alors… Ca nous fait une belle jambe…
Alors nous y voilà. Comment faire ressentir à des apprentis musiciens cette résonance ? Comment la partager, comment la dédramatiser, comment la démythifier, comment l’appréhender ? Pour ce faire, il m’arrive quelquefois, de faire des « master classes » l’après-midi avant le concert. Comment faire en trois heures pour appréhender et goûter à la chose ? Comment aller à l’essentiel en un minimum de temps ?
Pour ce faire, j’utilise des bâtons de bois. Des simples morceaux de noisetiers totalement désincarnés. Après avoir fait un long échauffement corporel en ternaire (45’), au moment où la fatigue et la lassitude commence à se manifester, au moment où l’on baisse la garde, on passe aux choses sérieuses.
Chacun choisit un bâton et une baguette (où est-ce le bâton et la baguette qui choisissent ?) puis avec des exercices tout simples mais un peu fastidieux, nous appréhendons ce bâton et lui donnons vie. L’objet anodin devient « instrument à musique » alors nous travaillons sur une toute petite et tellement simple pulsation en 12/8, une petite polyrythmie à trois voies et nous essayons de goûter à cette résonance. Pour l’instant, ça a plutôt bien marché à chaque fois. Les participants ont la sensation de toucher à « autre chose » et on l’air ravis, surtout que cela se fait dans la bonne humeur et tout en détente. D’un tout petit dénominateur commun - un simple bâton et une pulsation ternaire -, d’un acte si minimaliste nous tentons de toucher au maximum, la résonance. Cela ne veut pas dire que les apprentis sont devenus des musiciens, bien sûr que non, mais ils ont touché à la chose et savent qu’elle existe. Ce que la plupart du temps ils ignoraient. Et après, quand vient le moment du concert, ils résonnent totalement autrement et vibrent avec ce qu’ils entendent. Un directeur d’école de musique m’a dit qu’un enfant avait recommencé à travailler son instrument après cette séance à la plus grande surprise de ses parents (rien que pour ça, ça valait le coup), un autre m’a dit qu’un élève complètement bloqué réussissait enfin à improviser, un autre m’a dit que la musique avait enfin pris un sens pour lui, en fait cela, les a bougé et ils ont eu la sensation de comprendre quelque chose et de pouvoir le formaliser par un acte musical. Que demander de plus ?
Car en fait tout le problème est là ! A quoi serviraient nos bavardages si nous ne pouvions les partager ? Maintenant c’est un peu comme l’homéopathie, faut y croire, sinon ça marche moins bien.

Quand ce débat commencera à s’épuiser, je vous ferais lire un autre petit texte qui parle de : « Mouvement musical ou musique en mouvement » qui est un peu dans cet esprit là.

Allez, il est temps d’éteindre votre ordinateur et de retourner dans la vraie vie.

Salut les zikos…

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